Etats-Unis

Une journée en enfer au paradis des Indiens…

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Ceci est une histoire vraie qui nous est arrivée. Elle est ponctuée de commentaires et de ressentis personnels. Je vous conseille donc de la lire comme on lit un roman. Et si un jour vous avez la chance de passer par Supai (Havasu Falls), faîtes-vous votre propre opinion sur les Indiens !

 

Vendredi : première approche avec les   Indiens

Tout a commencé le vendredi.

On quitte Vegas dans la matinée et on roule en direction de notre prochaine étape, SUPAI. On roule, et sur la route on voit une pancarte qui indique « skywalk to Grand Canyon ». On avait vu tout un reportage sur le Skywalk qui est un pont en verre au-dessus du Grand Canyon sur laquelle on peut marcher (et donc en dessous de nous il y a le vide du Canyon !). Il y a 50 miles de détour (aller) mais on décide d’y aller quand même. Arrivés sur place, on se rend compte que c’est évidemment très touristique et surtout que c’est géré par les Indiens. La conséquence c’est que tu dois payer 80$ CHACUN pour marcher sur la plateforme (30$ pour l’attraction et 50$ pour les Indiens). On est un peu choqués par le tarif alors on demande s’il n’y a pas un moyen de payer moins cher pour aller voir le skywalk et l’Indienne ne nous regarde même pas, elle répond sèchement « tout le monde paye ce prix-là ! » puis elle passe à un autre client sans même nous laisser la possibilité d’acheter des tickets ! On est dégoutés par ce comportement dédaigneux et par le prix qui est largement au-dessus de nos moyens donc on s’en va. Sur le chemin du retour (50 miles pour récupérer la route principale) on râle et on est déçus.

skywalk

 

Vendredi soir : une nuit sur le parking

On poursuit donc notre route pour atteindre SUPAI.

En fait, pour aller à SUPAI (qui est une réserve indienne), on doit se garer au parking « Hilltop » , puis faire une marche de 10km dans le canyon. Notre plan c’est donc de se garer au parking, passer la nuit dans la voiture, puis entamer la marche le lendemain matin au lever du jour.

La nuit commence à tomber… Sur la route on voit des dizaines d’animaux : énormément de cerfs (ils sont gros & majestueux), beaucoup de vaches et de lapins… On roule doucement, très doucement même pour ne pas taper un animal. Et là dans les phares de la voiture : INCROYABLE => on voit un puma !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! A cet instant on est trop heureux !!! Il est grand et beau (environ 70cm au garrot pour un bon mètre 50 de longueur), il s’arrête et nous regarde pendant plusieurs secondes, puis il tourne la tête et poursuit son chemin ! Il a exactement la même attitude la même démarche et le même comportement qu’un chat (genre « c’est moi le patron… » !). Il est magnifique !!!! On est vraiment heureux d’avoir eu la chance de voir cet animal en pleine nature.

Bref on roule encore au moins 1h avant d’atteindre le parking. A notre grande surprise il y a bien une centaine de voitures garées là. Certaines personnes ont prévu de dormir dans la voiture comme nous avant d’entamer la marche (surement ceux qui viennent de loin) et les autres sont probablement déjà au village indien. On se gare on fait pipi etc puis on incline les sièges de la voiture pour dormir. Je déteste dormir dans la voiture : il fait froid, ça fait peur, il y a des bruits dehors… Je me réveille tout le temps bref ce n’est vraiment pas une nuit réparatrice pour moi.

parking

 

Samedi : 5h30 début de la marche

Je me réveille définitivement à 4h30. Je me rends compte soudainement (comme un flash) que nous n’avons pas acheté d’eau avant de partir… Nous n’avons que 2 bières 2 perriers et une bouteille de vin blanc ! … Je réveille Romain et lui fais part de mon illumination. Il se lève et comme deux femmes se préparent pour entamer la marche il leur demande une bouteille d’eau… Quelle honte de commencer une rando sans eau… Les femmes lui donnent 2 petites bouteilles d’eau alors il leur donne 2$ en échange. Elles refusent mais il insiste c’est la moindre des choses.

On prépare donc nos sacs : barres de céréales, pulls, 2 duvets, 1 tente, des vêtements pour le lendemain au village, la trousse de toilette, nos maillots de bain. Et puis les bouteilles de perrier, les bières et l’eau. Nous nous retrouvons chargé d’un gros sac chacun (5 kilos pour moi et environ 11 pour Romain). Une grosse Indienne (tous les Indiens que l’on a vus étaient ENORMES, je le précise car je trouve ça étonnant !) qui gère probablement la réserve passe près de nous et nous dit froidement :

  • l’alcool c’est interdit dans la réserve… 1000$ d’amende si vous descendez avec ça…

 

Puis elle s’en va. On est plutôt contents de le savoir car 1000$ d’amende c’est beaucoup quand même ! Puis on se fait la réflexion qu’elle était aussi peu aimable (pas un bonjour ni un sourire…) que la première Indienne qu’on avait vue au « skywalk »… Mais on se dit qu’il ne faut pas avoir de préjugés, ils ne sont surement pas tous comme ça, on va descendre dans le village et on va surement croiser plein d’indiens hyper gentils.

On commence à descendre sur un sentier depuis le parking qui se termine en bas du Canyon, il y a environ 500m de dénivelé. Il est 5h30, c’est parti pour une marche de 11km jusqu’au village des Indiens !

debut

 

Une petite inquiétude concernant les réservations…

On a environ 3h de marche, il n’y a que du plat ou de la descente dans ce sens donc c’est une marche un peu longue mais facile. On croise plein de marcheurs. En discutant un peu avec eux on commence à s’inquiéter : ils nous demandent tous où on a prévu de dormir, on répond qu’on a prévu d’aller au camping du village, ils nous disent tous que sans réservation (même pour le camping) on ne nous laissera probablement pas dormir là-bas… Ca me stresse un peu mais bon on verra bien, maintenant qu’on est là !

Arrivés en bas du Canyon il n’y a plus vraiment de chemin : soit on va à droite soit on va à gauche. Heureusement il y a d’autres randonneurs donc on n’a plus qu’à les suivre. Tous sont partis très tôt ce matin pour éviter la chaleur de la journée. Nous on est partis très tôt car on a mal dormi !

On a environ 3h de marche, il n’y a que du plat ou de la descente dans ce sens donc c’est une marche un peu longue mais facile. On croise plein de marcheurs. En discutant un peu avec eux on commence à s’inquiéter : ils nous demandent tous où on a prévu de dormir, on répond qu’on a prévu d’aller au camping du village, ils nous disent tous que sans réservation (même pour le camping) on ne nous laissera probablement pas dormir là-bas… Ca me stresse un peu mais bon on verra bien, maintenant qu’on est là !

en bas

 

Un accueil glacial…

On atteint le village Indien après 3h de marche dans un Canyon magnifique aux couleurs rougeoyantes. On arrive à l’office. Encore une fois une grosse Indienne est plantée derrière le bureau, je m’approche avec un grand sourire et lui demande s’il est possible d’obtenir une place dans le camping, sachant qu’on n’a malheureusement pas réservé à l’avance. Pas un sourire, pas de bonjour, elle me répond assez méchamment :

  • impossible on est complets il n’y a plus de place nulle part.

 

On se regarde avec Romain, on sourit nerveusement. Puis Romain tourne la tête et lui dit :

  • il n’y a vraiment pas la possibilité de mettre une petite tente quelque part on vient de faire 3h de marche, on n’est que deux…
  • NON. Je vous l’ai dit on est complets. La seule chose que je peux vous proposer si vous voulez entrer dans le village et aller voir les cascades c’est de payer 90$ (chacun bien sûr) mais vous ne passerez pas la nuit ici…

 

J’ai envie de pleurer… Après avoir roulé des heures, dormi dans la voiture sur un parking et fait 3h de marche dans le canyon, ça se terminait comme ça…

Romain commence à bouillonner, il me dit en français « c’est trop abusé ! ils se foutent de la gueule du monde… ils veulent nous faire payer plus cher que si on passait la nuit ici alors qu’on doit se casser et refaire la marche dans l’autre sens pour retourner à la voiture ce soir… »

Puis il lui dit en anglais :

  • pourquoi est-ce que c’est si cher ? plus cher que si on passait une nuit ici ? 
  • c’est le prix c’est comme ça. Tout le monde paye.

 

Un couple avec une petite fille entre dans l’office. Ils disent qu’ils veulent aller voir un ami dans le village mais qu’ils ne resteront pas la nuit. L’Indienne leur dit « oui pas de problème allez y ! ».

On lui demande donc :

  • pourquoi est-ce qu’ils n’ont rien payé eux ?

 

Elle répond sans complexe :

  • parce qu’ils connaissent quelqu’un dans le village alors c’est gratuit. C’est gratuit aussi pour les « natives ».

 

On est encore plus dégoutés par ces règles discriminantes, mais on regrette déjà de ne pas avoir fait le « skywalk » alors on ne veut pas encore passer à côté de quelque chose de magnifique. Romain pose 200$ sur la table et ne peut pas s’empêcher de dire avec un air blasé « c’est vraiment très très cher… ». L’indienne nous jette un regard noir et dit :

  • soit vous payez le prix, soit je vous fais jeter hors du village tout de suite. Ici ce n’est pas une zone touristique c’est une réserve indienne, on ne doit rien à personne et on n’est obligés d’accueillir personne, donc je pourrais vous faire dégager de là en moins de deux…

 

Je suis choquée !!!!

On lui dit que l’argent est déjà posé sur la table, je demande à Romain de ne pas faire de scandale car on ne sait pas jusqu’où elle serait capable d’aller et tout ce qu’on veut c’est voir cette magnifique cascade.

Elle prend l’argent et nous ordonne de laisser nos sacs ici… (Ben oui, pour être sûre qu’on ne puisse pas planter notre tente sur son territoire…)

Elle nous donne 2 tickets sur lesquels il est écrit « 4 x 35 + taxes = 180$ » on se demande pourquoi on a 4 entrées, et on a l’impression qu’elle s’est vraiment foutu de notre gueule…

On marche 5km jusqu’aux fameuses cascades en ruminant et en râlant… On se dit qu’il faut qu’on essaie de profiter quand même car on est dans un endroit magnifique.

On passe devant 4 personnes qui font du camping un peu sauvage au bord de la rivière alors on leur demande s’ils ont réservé quelque chose pour être là. Ils nous disent que oui, mais qu’on peut se mettre un peu n’importe où que ça ne pose pas de problème. On les remercie puis on poursuit notre chemin en ruminant encore plus : si on peut se mettre n’importe où pourquoi nous a-t-elle dit qu’ils étaient complets ?

village

 

Des emplacements libres partout…

On passe devant le camping…. Il y a des emplacements libres PARTOUT……………… On a pris plein de photos…. Il y a au moins 100 places de libres………… On est choqués….

emplacements

 

Les cascades

Il y a deux cascades : Havasu Falls et Money Falls. Elles se ressemblent beaucoup. Mais il y a plus de monde à la première puisqu’elle est plus près du village. On arrive donc d’abord devant la cascade Havasu. Elle est magnifique, le bleu turquoise de l’eau ressort encore plus sur le rouge de la roche… C’est splendide. L’eau est très fraiche ! On n’y reste pas très longtemps. Pour atteindre Money Falls il y a un passage dans la roche, on a l’impression d’être dans une grotte !

cascades

 

Indian Tacos !!! (Ou le mexicain grassouillet !)

En remontant on voit un petit stand sur lequel il est écrit « Indian Tacos ». On a faim alors on décide de s’y arrêter. Je fais un grand sourire à l’Indienne qui tient le stand (je veux me persuader qu’ils ne sont pas tous haineux des blancs) et lui demande un tacos sans viande et un tacos à la viande. Elle me répond froidement :

  • pas de viande aujourd’hui ça sera deux sans viande.
  • Ok pas de problème !

 

Et je lui demande naïvement le prix avant même de regarder sur la pancarte. Elle me répond « 12$ ». Puis on voit sur la pancarte « Indian Tacos 10$ »… Romain me dit : déjà il n’y a pas de viande donc elle pourrait faire un discount et en plus elle essaie de nous voler 2$ de plus !

On lui fait remarquer gentiment qu’il est écrit 10$ sur la pancarte en lui tendant un billet de 20$ pour les 2 tacos qu’elle prend sans même nous regarder. Puis sa fille nous dit « allez-vous asseoir on vous les apportera ». Il n’y a pas de table ni de chaise alors on trouve un tronc d’arbre. On regarde des chevaux (c’est leur seul moyen de déplacement) manger l’écorce des troncs d’arbres auxquels ils sont attachés. Ils n’ont pas l’air bien nourri. Ils ne sont même pas attachés près d’un endroit où il y a un peu à brouter… On remarque aussi des plaies sur leurs pattes, leurs dos et leurs gueules… Ca me dégoute.

On nous apporte les tacos alors on la remercie. En fait c’est un mexicain : haricots rouges salade tomate et fromage râpé dans une sorte de tortilla bien grasse. C’est bon.

indian tacos

 

La pluie commence à tomber…

Puis il se met à pleuvoir, une petite averse qui dure une quinzaine de minutes. Un groupe d’amis vient se réfugier sous le même abri que nous alors on commence à discuter et évidemment on raconte ce qu’il vient de nous arriver. Ils sont tous choqués et nous disent :

  • on vient là tous les ans c’est la première année que le camping est aussi vide… La réceptionniste a été méchante et elle a clairement menti pour les emplacements, mais vous savez les Indiens sont comme ça, ils n’aiment pas les blancs, ils sont souvent malpolis avec nous tous, ce n’est pas qu’avec vous… Ils en veulent aux blancs d’avoir volé toutes leurs terres alors ils nous le font payer aujourd’hui.

 

Je me demande comment on peut encore avoir ce genre de mentalité au 21e siècle … Ca me dépasse… Comme si on décidait d’être méchants avec tous les allemands pour leur faire payer ce qu’il s’était passé pendant la seconde guerre mondiale… Bref.

La pluie se calme. On décide de quitter le village pour retourner à la voiture… On hésite un instant à faire du camping sauvage à l’extérieur du village mais finalement on se dit qu’on n’aura rien à manger et qu’on aurait bien besoin d’une bonne douche.

 

13h : on quitte le village indien

On récupère nos sacs. Je ne regarde pas l’indienne je ne lui dis ni merci ni au revoir. On sort de son bureau et on se retrouve face à un groupe d’amis qui s’apprêtent à entrer dans le village pour voir la cascade. Ils sont choqués par le prix du ticket. Ils n’ont rien réservé eux non plus alors on leur a dit la même chose qu’à nous… On leur propose de leur vendre nos tickets pour 50$ (on en a 4 et ils sont 4 ça tombe bien!). Ils acceptent avec plaisir et le mec nous laisse finalement 60$. On quitte enfin le village, heureux d’avoir récupéré un peu d’argent !!! On se dit que ça nous payera l’hôtel ce soir !

Plus on s’éloigne du village indien plus on est contents et soulagés de partir car l’ambiance était pesante. Mais la pluie recommence à tomber. Alors on fait une pause sous un renfoncement dans la roche. On est abrités.

abri

 

Le début du calvaire…

Je n’aime pas entendre le tonnerre gronder. Je demande à Romain si on risque quelque chose dans le Canyon avec les éclairs. Il me répond que non, que l’éclair cherche toujours à pénétrer dans la terre le plus vite possible donc vu qu’on est dans le bas, il tapera forcément plus haut que nous. Par contre il me parle d’un panneau qu’il a vu plusieurs fois « CAUTION FLASH FLOOD » ce qui signifie en français « attention aux inondations soudaines ». Je lui dis :

  • On est dans le désert il ne peut pas y avoir d’inondation !

 

Il me répond :

  • Sauf si la pluie tombe fort ! On est dans le canyon ou se déversent toutes les eaux de pluies des vallées en amonts. Mais effectivement ça ne doit pas arriver souvent et il faudrait une grosse pluie pour que ça devienne un problème pour nous !

 

Un couple passe, il se dirige vite en direction du village indien. On les salue, la femme nous dit sans s’arrêter :

  • si l’eau monte mettez-vous à l’abri en hauteur surtout…

 

Je dis à Romain qu’on devrait peut-être poursuivre notre route car la pluie ne va peut-être pas s’arrêter…

Donc on se met à marcher sous la pluie… Un tout petit ruisseau commence à se former dans le Canyon à cause de la pluie. Je m’inquiète… Romain me rassure en me disant qu’on ne risque rien, avant que le minuscule ruisseau qu’on voit ne se transforme en torrent on aura largement le temps de se mettre à l’abri en hauteur… Je pense « Oui mais même si on arrive à se mettre à l’abri je n’ai aucune envie de passer la nuit ici…. »

On marche.

La pluie est de plus en plus forte. La rivière grossit… Il y a encore un espace « roche » sur lequel on peut marcher. Mais quand il y a un virage on se retrouve obligés de traverser la rivière de plus en plus puissante… On la traverse deux fois. Mais la deuxième fois elle est si forte que je manque de tomber et de me faire emporter. Heureusement on se tient fort la main et on pousse sur nos cuisses pour rester penchés en avant. Les sacs sont lourds avec la tente, les affaires les duvets… On doit retirer les cailloux de nos chaussures à trois reprises.

casca

avant apres

 

Il faut quitter le canyon…

Des cascades se forment tout le long du canyon et alimentent la rivière qui devient de plus en plus puissante…

Il y a encore un virage… Mais on ne peut plus prendre le risque de traverser à nouveau la rivière… Romain me dit ce que je redoute le plus « Il faut qu’on monte »… J’ai le vertige et nous n’avons aucune protection… Je n’ai aucune envie d’escalader mais il a raison nous ne pouvons pas rester là à attendre que la rivière nous emporte. Des centaines de blocs « posés » les uns sur les autres forment la paroi du Canyon. La pluie rend la roche glissante.

  • On n’a pas le choix : soit on monte pour sortir du canyon et le longer pour regagner le chemin qui mène au parking soit on monte juste un peu pour monter la tente à l’abri du torrent.

 

On choisit la première option en longeant le coté accessible pour repérer la voie la plus facile et la moins dangereuse à escalader (on trouve un passage en pente avec des petits paliers d’environ 1 à 2 mètres à escalader) … On commence donc à gravir le Canyon… On essaie d’être prudents mais je prends conscience qu’un accident pourrait arriver à n’importe quel moment… La peur commence à m’envahir. Arrivés en haut, je dois me mettre debout sur un espace plat et large de 1,50m et sauter une crevasse pour atteindre le sommet stable. La crevasse fait moins d’un mètre de long (et environ 3m de profondeur) mais je panique, je ne parviens pas à me redresser pour me mettre debout… Il y a du vent, et je suis entourée par le vide… Derrière, sur les cotés, devant… Romain fait tout pour m’aider, il essaie de me calmer, il me tient la main, il me dit d’essayer d’imaginer qu’il n’y a pas de crevasse et que je n’ai qu’à faire un pas pour accéder au sol plat, il revient même sur le même rocher que moi alors qu’il n’y a pas beaucoup de place afin de m’aider à franchir l’obstacle avec lui. Sachant qu’on perd du temps et que de toute façon je ne peux pas faire marche arrière, je me mets finalement debout en m’agrippant à Romain et je franchis la crevasse en lui tenant fort la main.

On se prend dans les bras, il me dit que j’ai été courageuse et qu’on sera en sécurité maintenant…

escalade

 

Un canyon qui semble interminable…

On marche quelques mètres mais on se rend malheureusement compte qu’on n’est pas encore au sommet… Il faut continuer l’escalade et la pluie ne se calme pas.

On atteint finalement le sommet du premier palier… Le Canyon est trop haut pour qu’on puisse atteindre le vrai sommet, et les falaises ne laissent plus aucune chance à la grimpette, du coup on longe la roche sur ce palier…

On est quand même arrivés sur une certaine hauteur, mais on s’aperçoit que le chemin va être long et difficile puisqu’il y a des dizaines de ravines… En gros ce sont des petites vallées formées par le ruissellement des pluies… On doit donc descendre et remonter en permanence… Ca rajoute une difficulté supplémentaire… Il n’y a évidemment pas de chemin, la pluie ramollit le sol et transforme la terre en boue dans les ravines, on s’enfonce dedans jusqu’au mollet… Les roches sont glissantes et parfois elles se cassent donc on glisse. Les pents des ravines nous rajoutent une dizaine de kilomètres en plus sur notre parcours initial… A chaque fois que l’on franchit une ravine, nous avons peur de nous retrouver face à une ravine infranchissable, trop verticale). Malgré la hauteur, on ne visualise pas encore notre objectif au loin…

Moi je panique intérieurement, mais je ne veux surtout pas m’arrêter de marcher, j’ai trop peur de passer la nuit ici… Et puis de toute façon il faudra qu’on se sorte de là tous seuls personne ne viendra nous chercher alors on doit continuer. Romain m’a dit après coup qu’il avait eu peur qu’on se retrouve coincés par la nuit… Mais sur le moment il ne dit rien, au contraire il reste très positif, il me demande si tout va bien, il me donne des conseils, il me dit qu’il est certain qu’on atteindra bientôt sur le vrai chemin ce qui me donne de l’espoir et une force incroyable pour continuer à avancer…

On marche pendant des heures. On est trempés. Les sacs nous tirent les épaules et le dos, la boue nous donne l’impression de peser une tonne… 

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La ravine de l’espoir

Puis enfin on reconnaît la forme d’une roche, Romain est persuadé que le chemin se trouve juste là derrière. Plus qu’une dernière ravine (la plus longue et profonde qu’on ait croisée) à franchir et on atteindra enfin le vrai chemin…

On marche pleins d’espoir.

Ca y est on voit le chemin, il est juste là !!!!! On est tellement heureux !!!! On considère que le cauchemar est derrière nous. En plus la pluie s’arrête… On est sur un vrai chemin maintenant donc on ne risque plus rien… La voiture ne se trouve plus qu’à quelques kilomètres !!!! Il n’y a environ plus que 300 mètres de dénivelé à monter. On ressent une sorte de soulagement tellement fort qu’on n’a même plus mal aux jambes et qu’on pense déjà au repas du soir !! On atteint le parking 30 minutes plus tard juste avant que la pluie ne recommence à tomber !

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La délivrance !

On arrive enfin à la voiture, il y a une dizaine de personnes sur le parking qui admirent le canyon… Je me dis qu’ils n’ont surement aucune idée de la galère que c’est en bas du canyon…

On regarde l’heure : 19h… On a donc marché 3h30 sous la pluie dans la boue…

Une fois dans la voiture je me mets nue, j’enlève mes chaussures et je me rends compte que mes pieds sont dans un sale état !!!!

Romain lui a extrêmement mal à la cheville gauche.

On attrape le paquet de bonbons qui se trouve dans la boite à gants ! Romain enfourne les bonbons dans sa bouche avec jouissance !

On fantasme sur un bon repas que l’on prendrait devant un film sur le PC dans un hôtel quelconque !

fin

 

L’hôtel

Je n’ai pas le courage de passer cette nuit-là dans la voiture après ce que l’on vient de vivre… En plus je suis couverte de boue.

Malheureusement pour nous, on doit rouler 3h avant de trouver un hôtel ouvert… On finit par en trouver un à 80$ vers 22h… C’est beaucoup trop cher mais on est épuisés il faut qu’on s’arrête.

On trouve des chips… Ca sera notre repas du soir. Je n’ai même pas la force de prendre une vraie douche, je rince simplement mes pieds abimés. Puis on se couche et on s’endort dans la seconde !

motel

 

Dimanche matin

Aujourd’hui on se réveille à 10h30… On doit se dépêcher de reprendre nos affaires pour quitter la chambre avant 11h. En se levant on se rend compte qu’on est complètement courbaturés, et que l’on boite tous les deux. Je n’arrive plus à m’appuyer sur mon pied gauche.

On reprend la route pour trouver un hôtel moins cher où l’on fera une vraie pause de deux nuits…

En repensant au camping on s’est rendu compte que finalement on avait mieux fait de quitter le village des indiens qui devait être sous les eaux… Le chemin aller ne faisait que descendre donc la rivière avait dû prendre beaucoup de masse et de vitesse avant d’arriver au niveau du village… Il y a surement eu de gros dégâts là-bas…

Bref, encore une expérience qu’on n’est pas prêts d’oublier mais dont je me serais bien passé !

fin histoire

3 réflexions au sujet de « Une journée en enfer au paradis des Indiens… »

  1. woo… mauvaise expérience effectivement j’aurais pas aimé être à votre place et je comprend la délivrance d’arriver à la voiture pour les bonbons et le repos au sec!! vous êtes super courageux d’avoir traversé ca! soyez quand même bien prudents hein on veut que vous rentriez en un seul morceau!😊😊

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